« Nous deux, c’est ça qu’on fait de mieux. » – Mommy

Xavier Dolan est un génie. Non seulement ce jeune monsieur a su raconter la douleur et le bonheur de la mère excentrique d’un adolescent libre de vivre et de ressentir, mais il a aussi crée le film d’une vie. Une vie singulière, comme elles le sont toutes. Aucune règle, du format de son chef-d’oeuvre en passant par l’argot utilisé. Aucune limite. Aucun moment de répit pour le spectateur. Et c’est ce qui fait un parfait petit bijou.

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Laissez moi prendre sa place !

Avant tout, prenons un moment pour résumer Mommy. Maman, enfant, trouble de déficit de l’attention, voisine bizarre trop sympa, montagnes russes, et bande son délicieuse. Bon, plus sérieusement.

Comme dans « J’ai tué ma mère », Dolan reprend cette relation amour-haine entre une mère et son fils et se place uniquement derrière la caméra pour raconter cette relation réellement sublime. Alors , comprenez moi bien, la mère n’est pas parfaite : elle ne travaille pas et elle semble vulgaire et irresponsable lorsqu’elle vient chercher son fils excessivement turbulent et agressif du centre d’éducation spécialisé. Ce qui est sublime dans cette relation, c’est la réelle nature humaine qui s’en dégage. L’amour d’une mère pour son fils peut être mis à rude épreuve, et l’utilisation du terme « sublime » peut être mal interprétée évidemment. Je m’en excuse d’avance pour ceux qui ont vu (ou verront le film). En bref, il est vain d’essayer de résumer simplement ce film.

Passons au plus intéressant : the characters ! (yeusss)

Steve , interprété par Antoine-Olivier Pilon, est un personnage qui semble presque intrusif au premier abord, dans le sens où il s’invite dans ce film comme un personnage ingrat en plus de s’introduire dans la vie de sa « pauvre mère » presque contre son gré, on le comprend facilement. Steve souffre du trouble de déficit de l’attention  et c’est l’une des choses qui rend le personnage très intéressant d’un point de vue émotionnel, il est plein de sentiments très opposées. Tout le long du film, il oscille entre espoir et désespoir , d’une sensibilité incroyable à une violence effrayante et Dolan met littéralement une couronne de fleurs sur la beauté de l’émotion humaine en mettant en scène un personnage aussi riche.

Cet enfant sait imiter Céline Dion à merveille.
Cet enfant sait imiter Céline Dion à merveille.

Ensuite, viens D.I.E, diminutif de Diane jouée par Anne Dorval , la mère de ce cher Steve. Alors D.I.E est, a priori, détestable et j’ai eu le sentiment que Dolan n’avait aucune envie de s’emparer de la compassion du spectateur pour elle. Elle est montrée comme une femme vulgaire à travers les gros plans sur ses ongles pailletés, ses jupes courtes et ses pantalons moulants. Il y a aussi les nombreuses scènes où elle fume et boit, en plus de laisser son propre fils prendre les mêmes mauvaises habitudes. Sans oublier l’argot grossier qui vient donner, disons, beaucoup de vie aux conversations. Elle a aussi un côté égoïste , lâche peut-être, qui se laisse deviner à travers ses évasions face au désarroi et à la violence de son fils. Néanmoins, je n’ai pas détesté Diane, au contraire. Elle est une femme forte et cette force s’impose à nous comme un fait indéniable. Il y a cette scène où Diane claque des doigts vers un étranger, pour lui ordonner d’appeler les ambulances car son fils est en sang. J’ai littéralement eu envie d’applaudir à ce moment là, elle a une force et une maîtrise de soi incroyables ! Elle ne se laisse pas submerger par ses émotions, contrairement à son fils, et s’interdit toute faiblesse. Ce n’est même pas discutable, c’est un fait. Diane est aussi pleine d’amour pour son fils, elle partage une complicité unique avec Steve. Complicité qui n’aurait peut-être pas existée si D.I.E n’était pas aussi imparfaite. En bref, Diane est très complexe . C’est un personnage plein d’humour, et muni d’une grosse carapace et malgré toutes ses imperfections, elle reste une mère.

Un peu de bon , un peu de mauvais. Et hop ! une humaine.
Un peu de bon , un peu de mauvais. Et hop ! une humaine.

Enfin, passons au troisième protagoniste, Kyla.

Kyla, interprétée par Suzanne Clément, est extrêmement perturbante au début du film en « stalkeuse » muette. Cette ancienne institutrice est une femme invisible au sein de son propre foyer, qui voit son rôle réduit à cause d’un traumatisme qui l’empêche de parler normalement.  Alors Dolan ne nous dira jamais clairement ce qui est arrivé à cette bonne femme : très bonne chose. Laisser une liberté au spectateur est une stratégie intéressante, surtout tout au long du film, car il garde son attention. Le spectateur s’attend à avoir des réponses, et il est donc plutôt attentif. Kyla joue un rôle important dans le film car elle est  tout l’espoir que la mère et le fils ont. Elle est la seule chose « stable » dans leur vie. Et le foyer de Diane est tout l’espoir de Kyla, car elle revit entre ces murs. Elle embrasse à nouveau les joies simples et la facilité de parole. C’est ce que Diane et Steve lui offrent.

Et après il a imprimé la photo. Voilà.
Et après il a imprimé la photo. Voilà.

Dolan raconte la vie dans Mommy. Cela peut sembler large comme thème mais c’est clairement la vie qui est célébrée. Il y a énormément de scènes violentes et tout simplement lourdes. Elles sont lourdes à porter, lourdes pour le spectateur aussi,  forcé à regarder leur péripéties à travers un écran carré qui oppresse. Toutefois, le film est lumineux , coloré et l’écran finit par s’ouvrir lorsque le bonheur mis en scène vient alléger les spectateurs et les personnages. Mommy est un beau film. Les images sont  d’une beauté, disons, réelle. Les belles émotions explosent grâce aux musiques incroyables, aux scènes banales représentatives d’enjouement. Je pense notamment à la scène de « danse » entre Steve et son cadi (oui oui) , ou encore à la soirée Céline Dion. C’est important de donner autant de pouvoir à ces scènes là qui finissent pas faire de Mommy un film qui célèbre le bonheur libre.

Dolan est un réalisateur qui a su capturer l’essence des choses, et ses films en sont une preuve honorable .

Son discours est à écouter avec la plus grande attention. Bravo Monsieur. 

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. MarionRusty dit :

    Tant de perfection chez ce réal ça pourrait me le faire détester si je ne l’idolâtrais pas autant.

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