« I can still fucking see you, Mini Me!  » – Whiplash

WHIPLASH !

Ce film prétend, humblement, raconter les péripéties du jeune Andrew, un élève de la prestigieuse Shaffer Conservatory, mordu de batterie. Comme ses dizaines de camarades, Andrew aspire à faire partie de cette élite que sont les élèves de l’exigeant et flippant Fletcher. Evidemment notre héros entre, avec plus ou moins de facilité, dans la tornade de l’orchestre Fletcher. Certes , on atteint les sommets mais il se peut qu’on se prenne une chaise en chemin (et c’est exactement ce qui arrive..).

Dans le but de faire surgir le prochain Charlie Parker qui pourrait être enfoui dans l’âme de n’importe lequel de ces musiciens, Fletcher emploie une méthode brutale et assez dangereuse pour le mental des élèves. Andrew pourrait dramatiquement flancher ou bien tout faire exploser.

Ce film était tellement intense, et le fait que le centre de l’histoire soit la musique en est la principale raison à mon sens.

Ouais je sais... Non .. Ne dis rien... Je sais.
Ouais je sais… Non .. Ne dis rien… Je sais.

Le choix de la batterie m’a parue très judicieux. Je pensais que Damien Chazelle avait pris un assez gros risque en réalisant un film qui tourne principalement autour de la musique, il semble difficile d’apprécier le film avec autant de subtilité qu’un musicien si on n’en est pas un. Ces aprioris sont complètement infondés, et de délicieux gâteaux glacés comme The Soul of A Man de Wim Wenders  ou encore plus récemment Inside Llewyn Davis des frères Coen en sont l’honorable preuve. Evidemment Whiplash s’ajoute à la liste, même en ayant choisi de parler batterie ET jazz. Le choix de l’instrument est intéressant parce que le rythme affecte les battements du cœur d’une manière plus directe que le musique en générale. Il est évident que la musique est un élément primordial pour amener l’émotion la plus forte possible au spectateur; ce qui est intéressant ici c’est le fait que la batterie double cet effet . Je pense aux premières notes qu’on entend. Ce rythme qui accélère a littéralement fait battre mon cœur comme si je me trouvais face à la palme d’or, Dolan et un énorme gâteau au chocolat en même temps.

Le travail de la mise en scène joue aussi un rôle dans le ressenti face à ce que vit le personnage d’Andrew. Il est évident qu’il y a une importante vivacité dans sa manière de jouer et dans ce qui se joue pendant qu’il joue… Je me comprends. Les gros plans et les ralentis sur des détails représentatifs, comme le sang ou la sueur, sont très efficaces. D’autant plus qu’il y a une alternance entre des moments très lents et des moments beaucoup plus rapides, qui suivent le rythme de la batterie et l’importance des enjeux. La scène de fin est assez incroyable, tout nous explose au visage, la musique, les cadres incroyablement rigoureux, la caméra qui s’affole, le gamin qui se fait posséder… C’est épuisant même pour ceux qui ne font rien (c’est-à-dire nous).

En bref, la batterie était un très bon choix parce qu’on a vraiment pas besoin d’être un musicien pour apprécier le film, de manière plutôt généreuse. Et la mise en scène n’y est pas pour rien, loin de là.

Il fait cette tête parce qu'il est constipé.
Il fait cette tête parce qu’il est constipé.

Cependant, même si le thème principal tourne autour de la batterie et du jazz, les bases de l’intrigue restent fortement liées aux personnages. Andrew se révèle être un personnage assez complexe et j’adore les personnages complexes, good point Chazelle. A priori, c’est un élève de Shaffer comme tous les autres, on ne peut plus normal (c’es souvent comme ça que commencent les biographes sur les serial killer d’ailleurs). Toutefois, ce jeune homme laisse transparaître un certain orgueil presque nécessaire, une passion assez illimitée et une ambition à tout faire exploser (je n’exagère rien). Adrew sait exactement ce qu’il veut et et ce qu’il vaut.  Andrew évolue beaucoup, et cette passion devient presque obsessionnelle et son comportement tend dangereusement vers celui de Fletcher.

Approchez vous. Regardez-moi cette dentition de malade.
Approchez vous. Regardez-moi cette dentition de malade.

C’est difficile de parler d’Andrew en tant qu’individu à part entière en fait. Pour la simple et bonne raison que Fletcher s’est tatoué sur le cerveau d’Andrew. Je veux dire par là que tout ce qu’Andrew fait est là pour impressionner ou plutôt , pour ne pas décevoir Fletcher. De plus, Andrew découvre qu’il peut faire énormément de choses et que ses capacités sont plutôt énormes grâce à Fletcher et, on ne va pas se le cacher, aux opportunités qu’il lui donne. Certes Andrew travaille énormément et est excessivement rigoureux, mais une grande part de chance joue dans ses réussites aussi.

J.K. Simmons, qui interprète le monsieur à la dent argentée ci dessus, explique dans une interview que l’intrigue repose justement sur le rôle du « vilain » de Fletcher. On s’embrouille rapidement au niveau de nos repères habituels du bon et mauvais personnage, notamment avec Fletcher. On passe du statut « je veux avoir ce prof ! » à « ce mec est la pire des ordures, j’ai envie de pleurer » et enfin à « je suis frustrée parce que je veux le tuer mais je veux aussi qu’il soit mon meilleur ami ».

Fletcher est très fort dans ce qu’il fait, et son comportement peu être justifié et « applaudi » comme il peut n’être que critiqué. On ne sait finalement pas si c’était une bonne chose ou pas de pousser Andrew au pétage de câble, et même si ça l’était, on se demanderait si viser continuellement l’excellence est aussi sain que cela pour le jeune homme.

Il collectionne des photos de chiots qui gardent la même taille à l'âge adulte.
Il collectionne des photos de chiots qui gardent la même taille à l’âge adulte.

Whiplash est un film qui donne plus d’énergie et de motivation que six litres de Red Bull bus en regardant les DVD de Jillian Michaels. C’est une belle leçon de vie et chacun est libre de l’interpréter à sa manière, selon son vécu.

Certains penseront qu’il est nécessaire de se prendre des poêles pour pouvoir être le meilleur cuisinier du monde, une bonne dizaine au minimum. D’autres penseront que ce Fletcher est un génie et qu’il a des insultes épiques, et c’est tout ce qu’ils penseront. D’autres, enfin, penseront que le travail et la passion mènent toujours au sommet, jusqu’à avoir à ses pieds ceux qui ont voulus empêcher cette ascension.

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