« Je ne te comprends pas, mais je t’aime. » – Juste la Fin du Monde

Après le choc Mommy, on attendait de Xavier Dolan un film encore plus défigurant. Suite au léger gros fiasco à Cannes 2016, Juste la Fin du Monde a fait couler beaucoup d’encre. Etant personnellement une très grande fan du petit Dolan (en témoigne ma critique-éloge de Mommy), je comptais les jours avant la diffusion officielle de ce long-métrage.

Posons le cadre tout d’abord ; c’est important puisque cette fois-ci, nous avons du Xavier Dolan basé sur du Jean-Luc Lagarce. Ce cher monsieur a notamment mis en scène La Cantatrice Chauve, et a publié des œuvres comme Dernier Remords Avant l’Oubli et Juste La Fin Du Monde. Xavier Dolan a été très clair concernant la finalité de son film : la pièce est connue, son aboutissement aussi, seuls comptent la rencontre entre le personnage principal et sa famille. Rappelons que l’histoire concerne le jeune dramaturge Louis, qui décide d’annoncer sa mort prochaine à sa famille; famille auprès de laquelle il s’est absenté pendant plus d’une décennie. Ce joli monde se compte sur les doigts d’une main : Antoine, le frère (Vincent Cassel); sa femme, Catherine (Marion Cotillard); Suzanne, la sœur (Léa Seydoux); et enfin la fabuleuse mère de famille (Nathalie Baye). Chacun des protagonistes a son propre caractère bien trempé, ce qui crée des scènes riches en émotion. Je détaillerai un peu le portrait de la famille plus loin.

On dirait qu’ils sont calmes comme ça. Ils le sont pas.

Je tiens à préciser que je vais révéler la fin du film, qui correspond donc au dénouement de la pièce, car elle joue un grand rôle dans l’impression qu’il m’a donnée.

Donc voilà.

*roulement de tambours*

*par le gars dans Whiplash*

Louis ne leur dit rien finalement.

Un mot ressort immédiatement lorsque je repense à Juste la Fin du Monde, et ce mot est : frustration. Je m’explique.

On apprend dès le début du film que Louis va mourir du Sida, ce qui « justifie » la raison de son voyage soudain et incompris. Il laisse clairement penser que lui-même ne saurait expliquer son absence aussi longue, mais ce déjeuner en famille semblait indispensable. Subtilement, grâce au magnifique pouvoir d’introspection, Louis nous prépare à rencontrer les siens; des personnes qu’il va presque redécouvrir lui-même.

Et quelle famille… Antoine est un homme constamment sur la défensive, en colère pour des raisons plus solides qu’on le pense. Il est très différent de sa femme, Catherine, qui est plus calme et probablement plus proche de Louis que son frère ne l’a jamais été. Louis n’a connu Catherine qu’à travers les lettres qu’on lui envoie, mais leurs longs regards échangés (très longs regards) nous inspirent une certaine complicité, voir intimité, silencieuse.

She knows.

Attardons-nous un instant sur leur relation. Dès l’arrivée de Louis, Suzanne et sa mère tentent maladroitement de briser la glace entre Louis et Catherine, en les forçant presque à se faire la bise. Le malaise s’installe lorsque Catherine tente d’entamer la discussion en évoquant ses enfants, mais elle est incessamment coupé par son mari. Cela installe immédiatement une atmosphère juste affreuse.

On est pile dans le small talk qui vire au drame. Les seuls moments pendant lesquels Catherine et Louis sont sincèrement honnêtes, pour ce qui est de l’expression de leur personne, sont toujours les instants d’échanges de regards. Ces regards sont lourds de sens, mais on ne sait jamais lequel. Premier facteur de frustration : que se disent-ils ?

Ensuite, nous avons une sœur très en colère aussi, ou du moins très déçue. En tout cas, on devine qu’elle a pris le même chemin qu’Antoine, et qu’elle finira sûrement par avoir cette relation d’amour-haine avec Louis, elle aussi.

Regardez-moi ces couleurs

La mère de Louis est un personnage extrêmement fascinant quant à elle. Elle a une présence électrique, et ce n’est pas uniquement dû à son vernis pétillant. J’ai eu l’impression qu’elle savait, pour tout. Elle savait qu’elle ne reverrait plus jamais son fils. Elle savait que chaque moment seule avec lui devait être gravée dans sa mémoire. Ses longues étreintes et ses larmes discrètes, parlaient d’elles-mêmes.

Cependant, elle n’a pas quitté son rôle de maman poule bavarde, essayant en vain de rendre ce repas en famille merveilleux et inoubliable.

Moment mère-fils trop mimi

Pour la partie inoubliable, c’est réussi. Le film nourrit l’intensité qui se dégage des scènes au maximum. Le premier quart du film ennuie, beaucoup. Puis s’enchaînent les scènes intenses où l’on pense qu’il va enfin leur annoncer sa mort prochaine. Et on attend ce moment-là, notre cœur bat aussi fort que le sien, mais il ne dira jamais rien. Second facteur de frustration : il ne dit rien.

Je pense que j’aurai probablement vécu l’expérience du film différemment si j’avais pris connaissance du dénouement de la pièce avant de voir le voir. Peut-être aurait-elle été meilleure ?

Passons désormais à l’expérience visuelle et auditive, qui sont de toute évidence les points forts du film. Nous savons tous que la musique est la toile sur laquelle Xavier Dolan peint ses films. Le film débute sur « Home Is Where It Hurts » de Camille, chanson qu’on ne peut s’empêcher d’écouter en boucle. On enchaîne avec du Blink-182 et … O-Zone. On se retrouve avec un sac de sons très divers et qui se marie parfaitement avec la cinématographie des scènes concernées.

Le patron

Pour ce qui est du visuel, les couleurs, la chaleur et les ralentis créent une atmosphère particulière. On comprend, par les réactions des personnes, qu’il fait chaud. Au début, les couleurs sont assez froides, toutefois, lorsque Louis s’approche enfin de son foyer, tout se réchauffe. On atterrit au sein d’une famille où tout le monde crie, mais personne ne s’écoute : Antoine rouspète, Suzanne l’insulte et la mère a allumé le sèche-cheveux. Je vous laisse imaginer le bruit de fond…

L’intensité des scènes grandit, et température augmente au même moment. Antoine et Louis se disputent violemment, et les plans montrent un Louis transpirant, rouge et drainé. Lorsque on arrive au pic de cette intensité, la fameuse scène aux tons orangés, tous les protagonistes sont en sueur; mais plus personne ne se plaint de la chaleur.

IL FAIT CHAUD PAPI

Les plans sont époustouflants ; Dolan réussit, encore une fois, à révéler l’être humain derrière le personnage de manière sublime. Le film aurait pu être beaucoup plus puissant, à plusieurs reprises, mais on se voit tout de même offrir un film qui peint délicatement les relations familiales et leur complexité éternelle.

Xavier Dolan semble donc être une source sûre lorsqu’il s’agit de révéler les différentes et infinies facettes de l’homme.

J’attends le prochain avec impatience Xavier.

   


                                                    Loubna Echandouri. 

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