« Our children shall be philosopher kings. » – Captain Fantastic

Matt Ross a créé le film du culot et de la rébellion. Le titre Captain Fantastic donne l’impression qu’on va avoir droit à un nième film de super-héros. Mais croyez-moi, si l’héroïsme existe dans ce film, alors il est sous sa forme la plus inhabituelle. 

Le contraste de propreté entre ses ongles et ses cheveux est impressionnant

Notre champion, Ben, joué par Viggo Mortensen, a décidé de vivre à l’écart de toute civilisation avec sa femme et ses enfants. Les mini-Ben chassent leur propre gibier, connaissent les amendements de la constitution des États-Unis par cœur et ont des prénoms complètement inventés. Leur mère est toutefois malade, elle souffre de troubles bipolaires depuis la naissance de son premier enfant et le retour à la civilisation est donc une necessité pour elle.

Son suicide va toutefois faire trembler les piliers sur lesquels reposait cette famille inhabituelle. Pour assister aux funérailles, il faut passer les barrières du père de la défunte. Ce dernier en veut à Ben d’avoir détruit la vie de sa fille et d’être sur le point de faire de même pour ses petits-enfants.

Bref ! C’est de la querelle de famille bien universelle et intemporelle.

« Le gamin à gauche me tue »

Captain Fantastic a remporté le Prix de la mise en scène – Un Certain Regard, à Cannes cette année. Cela crée quand même une certaine couverture médiatique pour le long-métrage et les avis sont très partagés. Personnellement, je n’ai pas trouvé le film exceptionnel, mais il restera probablement longtemps dans ma petite tête.

Revenons à ma toute première phrase : j’ai parlé de culot et de rébellion. Ces deux termes sont ici très liés, parce qu’on a affaire à un père timbré. Non, un peu de respect, Ben n’est pas tout à fait timbré. Il décide d’élever ses enfants de manière quelque peu originale… Nous avons, de bon matin, un entraînement type « je fais partie des Marines, mais j’ai 7 ans et demi » et le soir, on lit des livres qui traitent de physique quantique. Ces deux exemples sont plutôt sympas en réalité, puisqu’ils sont un bone illustration de ce qui manque à la société américaine aujourd’hui : la santé et le savoir *buuuuuurned*.

Elle est plus intelligente que toi. Fact.

Plus sérieusement, ce film met en avant les défauts de la société d’aujourd’hui, spécifiquement aux USA. Que cela soit l’obésité abondante, ou le manque d’approfondissement à l’école, au sein de laquelle les élèves voient souvent leur plaisir d’apprendre noyé sous une pression étouffante. Pour mettre en lumière ces dysfonctionnements sociétaux, nous est présentée une famille qui fonctionne à l’opposé total de la norme. Et c’est là où je suis légèrement perplexe. Autant, je peux comprendre le désir de fonctionner différemment, autant le fait de fonctionner complètement à l’opposé tue un peu la crédibilité de la chose.

Qu’on se mette d’accord jeunes gens ; l’histoire a initialement un message fort : normal n’est qu’une notion inventée. Des films comme Captain Fantastic ont pour but implicite d’ouvrir l’esprit des spectateurs à de nouvelles façons de vivre et d’être heureux. Ce qui se produit, toutefois, avec Captain Fantastic c‘est qu’on perd des kilos de crédibilité à certains moments, et on s’éloigne des apports positifs du film.

Premier exemple, qui illustre le côté « je vais un peu trop loin là, mais tant pis » de Matt Ross. Personne ne regarde tendrement le corps inerte de sa mère en souriant. C’est juste… Non. Humainement, ça ne marche pas comme ça les enfants. C’était quoi cette scène Ross…

Bo (le second jeune homme) a l’air au bout de sa vie.

Autre exemple, cette fois-ci du type « je suis un père qui veut juste s’amuser à faire l’opposé de ce que font les humains ». Durant une dispute extrêmement divertissante entre Ben et sa sœur, à propos de l’éducation des enfants, Ben dans une réplique qui était censée clouer le bec à sa sœur, lui dit quelque chose du style : « ce n’est peut-être pas utile d’apprendre à ses enfants de survivre dans les bois ?!« 

Euh..Justement…

Il semble effectivement inutile de leur apprendre cela de nos jours… Le fait est que, leur apprendre à manier les armes blanches, à chasser, ou encore, les autoriser à se promener nus entre eux n’apporte pas grand chose en 2016… Il est clair que ces enseignements sont moins bénéfiques que des interactions sociales créées au sein de l’école ou d’associations.

Y a toujours une photo meuuugnone

Pour résumer, les motivations de Ben sont floutées. On ne sait plus s’il fait ce qu’il fait par conviction ou par désir de rébellion. Cela se traduit presque par une prise de partie par le spectateur contre Ben, pour le bien des enfants.

 

Je n’en dirai pas plus sur mon ressenti personnel vis-à-vis du type d’éducation qui nous a été présenté dans Captain Fantastic, je vais juste ajouter quelques mots sur l’allure générale du film.

Pour ce qui est du rôle des personnages, j’ai trouvé dommage que seuls deux des enfants aient eu des rôles intéressants. De même pour le rôle de la maman, on a légèrement l’impression qu’elle n’a pas du tout eu son mot à dire pour tout le délire de vivre dans les bois. Quelques flashbacks, constructifs et informatifs, n’auraient pas été de trop. D’ailleurs, The Guardian ajoute à propos du rôle des femmes dans le film : « women are either irrelevant, saintly or dead« .

Visuellement, Captain Fantastic est très plaisant. L’environnement, pour le coup, est parfaitement adapté; et cela nous offre des scènes plutôt splendidse avec des lumières naturelles envoûtantes. Ces couleurs se retrouvent dans le cercle familial tout le long de l’histoire, cette idée de communion avec la nature se reflète totalement à travers la cinématographie du film.

Ils assistent à des funérailles. Je trouve ça cool de porter des couleurs gaies en vrai.

Captain Fantastic réussit plus ou moins à bouleverser les codes de la norme sociale, il le fait avec un peu de mal mais y arrive tout de même. En espérant qu’il vous aura donné des idées pour l’éducation de vos (futurs) enfants.

P.S. Pour ceux qui auraient vu le film et qui se demandent qui est Noam Chomsky  ( et qui se demandent également à quel point les USA sont dans le caca avec Trump), c’est par ici !

 

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