« In moonlight, black boys look blue. » – Moonlight

On parle d’un 4.1/5 sur Allociné, un 98% sur Rotten Tomatoes et du vainqueur du « Meilleur drame » aux Golden Globes cette année. On parle enfin d’un long métrage qui serait le seul à pouvoir surpasser La La Land aux Oscars 2017. Ayant tous ces éloges en tête, on ne peut que s’attendre à être éblouis par ce clair de lune… Okay, j’ai fait mon jeu de mots, je peux passer au résumé.

Moonlight se présente comme un  film de la découverte de soi. C’est dans les quartiers défavorisés de Miami, au sein de la communauté afro-américaine, que Chiron grandit. Sans père, avec une mère toxico et un père de cœur dealer, Chiron se retrouve dans un environnent néfaste très jeune. Il doit s’occuper de lui même, puis adolescent, prendre soin de sa mère dont l’état est pire que jamais. Puis, Chiron est harcelé à l’école, il se découvre des désirs inattendus pour son ami d’enfance Kevin, et il doit faire face à cette tornade d’événements seul. Le film est partagé en trois parties : Little, Chiron et Black. Ce sont les trois noms de Chiron et ils reflètent les différentes étapes de sa vie, et surtout les différents stades de sa découverte de soi.

Baisse les yeux.

Commençons par Little, Chiron enfant, joué par Alex Hibbert. La vie de Little bascule avec la rencontre de Juan, interprété par le Ali Mahershala (qui a  d’ailleurs fait ZE discours). Juan est un dealer, avec sa notoriété dans le quartier. Lorsqu’il trouve Little dans une maison abandonnée fuyant ses agresseurs, il va prendre soin de lui comme un père. Moonlight souligne bien le manque d’amour et d’affection dans la vie de Little , et Juan est la figure vers laquelle revient constamment Little. Durant cette période, il sera celui qui fait sortir l’enfant du silence. D’ailleurs, le silence, et les couleurs, sont les deux points forts de ce film. Le jeu d’acteur est dosé à la perfection pour combler ce silence et Alex Hibbert arrive très bien à communiquer l’étouffement qu’il subit à cause de son environnement.

 

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C’est ça la vie les gars

 

Little ne parle pas, ou très peu. Le jeu d’acteur se focalise donc sur le regard, les gestes et le visage. Et pour le coup, c’était très clean à ce niveau. Pour Ashton Sanders, qui joue Chiron adolescent, même constat. Nous avons un adolescent qui subit un harcèlement plus violent encore et qui s’est, par conséquent, renfermé dans un silence de désespoir. On comprend aussi, durant son enfance, que sa sexualité sera le facteur d’une violence additionnelle, mais cela ne se concrétise vraiment que lors de l’adolescence. Chiron se découvre des désirs pour son ami d’enfance Kevin, et alors stop. C’est là où ce film fait parler de lui. On raconte l’histoire d’un Noir qui a grandit dans un quartier difficile, qui a subit des années de harcèlement, qui vit dans un milieu familial dévastateur et qui se trouve être homosexuel. Pour cette dernière affirmation, nous verrons que le scénario est plus ouvert qu’on ne le croit.

Moonlight : Photo Naomie Harris
Avoue tu connais ce regard toi aussi

Cela étant dit, niveau personnage marginalisé, le réalisateur Barry Jenkins a tapé pile là où il fallait. Representation matters, right ? Des trois acteurs Ashton Sanders était de loin le plus bouleversant. Moonlight nous offre notamment une scène de dialogue incroyable entre Chiron et la directrice du lycée. Cette dernière lui demande de dénoncer ses agresseurs, dont Kevin. Durant cette scène, il sort de son silence. En colère, il reproche à cette bonne femme de ne pas avoir la moindre idée de ce qu’il vit réellement. Chiron fond en larmes et on réalise la solitude profonde avec laquelle il vit, puis la voix de la directrice est étouffée : retour au silence. C’est le seul refuge qu’il possède.

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Ces couleuuurs. Ouais il a le visage explosé mais ces couleuuurs.

Moonlight est un long-métrage qui parle avec les couleurs, et qui prend son temps. Tout au long du film, on nous offre des scènes au ralenti sublimes, même lorsqu’elles sont pleines de violence. Toutefois, à force de dire peu de choses, on se perd. La dernière partie du film est très étrange car elle ne conclut rien. On retrouve un Chiron adulte dealer, avec des dizaines de kilos de muscles en plus, une voiture dont la plaque d’immatriculation porte son nom « Black », et des dents en or. Il y a eu une transition très mauvaise à ce niveau là, car durant cette dernière partie du film, Black est finalement encore très silencieux. On comprend qu’il a été en prison et que ce séjour malheureux l’a forcé à changer. Mais, le « vrai Chiron » ne refait pas surface, sauf pendant les trente dernières secondes durant lesquelles il laisse réapparaître son manque d’affection. Car il est réellement là le corps du problème : Chiron n’a pas eu d’amour, il en a profondément manqué.

Moonlight : Photo Trevante Rhodes
C’est le même gars que la photo d’avant, fitspo max t’as vu

On reste alors sur sa faim, mais de manière tellement violente que ça en est déconcertant. Black retrouve Kevin, on a droit à du small talk ainsi qu’à de longs moments de regards échangés. Kevin est tout aussi surpris que nous de voir un Chiron aussi différent, mais au moment où Black laisse Little refaire surface, générique de fin. Mais quoi !? Non !

Je pense que Jenkins a laissé passer énormément d’opportunités de toucher très profondément le spectateur. On ne sait rien de l’impact de la mort de Juan sur Chiron, on ne sait rien de son vécu en prison, on ne sait rien de sa découverte concernant son orientation sexuelle. Oui parce qu’il n’y a eu que Kevin. Dans la plupart des articles concernant ce film, on trouvera l’affirmation que Chiron était homosexuel, ce qui est de loin l’issue la plus probable. Toutefois, cela n’est jamais confirmé par le personnage, qui se confie à Kevin en lui disant qu’il n’y a jamais eu que lui et personne d’autre. Kevin son ami d’enfance, son unique amour et la seule personne source d’affection qui n’a pas disparue. Kevin n’est pas qu’un autre homme, c’est Kevin. Cependant le jeu d’acteur de Trevante Rhodes, qui interprète Black, ne m’a absolument pas touchée. Néanmoins, cela était probablement le but, afin de montrer comment une vie d’oppression efface l’émotion.

Moonlight : Photo Andre Holland, Trevante Rhodes
Très mignon le resto, à retrouver sur le guide Michelin 2017

Finalement, Moonlight aurait pu être beaucoup plus fort émotionnellement. Barry Jenkins  aurait pu utiliser des scènes de manière plus efficace pour transmettre un message engagé. Toutefois, le film reste sublime, réellement, un délice pour les yeux; avec des acteurs afro-américains géniaux qui mènent le film avec beaucoup de talent.

Ne pars pas tout de suite, j’ai un truc sympa à te dire !

Le film a été inspiré par In Moonlight Black Boys Look Blue qui est une pièce de théâtre créée par Tarell Alvin McCraney en tant que projet pour l’école à l’époque… Alors écris. Peut être seras-tu un jour présent sur les tapis rouges des Oscars grâce à ça.

 

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